Les principaux acteurs de la R&D agricole et OneCGIAR se rencontrent pour discuter des réformes visant à accélérer la transformation de l’agriculture africaine

« Il est temps que nous recalibrions les réformes de OneCGIAR en Afrique, afin de mieux prendre en compte l’ensemble des priorités et des préoccupations de l’Afrique », a  déclaré le Président de la Banque africaine de développement (BAD), Dr Akinwumi ADESINA, lors d’un événement de haut niveau qui s’est tenu à Abidjan les 18 et 19 mai 2022, et qui a réuni les acteurs clés du secteur agricole en Afrique.

L’objectif de l’événement était de réfléchir sur les réformes du OneCGIAR et de s’assurer que ces dernières s’alignent sur les réalités et les priorités du continent.  

OneCGIAR est la finalité d’un processus de transformation entamée par le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) depuis juin 2018. 

Le but de cette transformation, est de mieux réajuster les interventions du GCRAI pour les adapter aux défis actuels et futurs de l’agriculture dans les pays pauvres, notamment les crises alimentaires, foncières, hydriques et climatiques, qui sont toutes interconnectées.

Cependant, il est impératif que ces réformes aident le continent africain à atteindre ses objectifs de sécurité alimentaire et d’éradication de la pauvreté, mettent en garde les parties prenantes du continent. 

« Alors que le GCRAI opère ses réformes, il doit garder à l’esprit que l’objectif en Afrique n’est pas d’accroître le nombre de technologies, mais de les faire parvenir aux agriculteurs, à l’échelle de millions d’entre eux. […] Nous devons nourrir l’Afrique et il n’y a pas de temps à perdre. Il faut donc que le GCRAI soit tenu responsable d’aider à la réalisation de la Faim Zéro », a déclaré Dr Akinwumi ADESINA, rappelant au passage qu’il ne restait que huit (08) années pour atteindre le deuxième Objectif de développement durable —Faim Zéro.

Pour ce faire, les réformes ne doivent pas fragiliser les Centres du GCRAI en Afrique, a-t-il plaidé.

Elles doivent à contrario favoriser une approche institutionnelle, plus inclusive, en lieu et place de l’approche programmatique adoptée par le passé et qui s’est révélée contre-productive, selon lui.

Réunion de haut niveau de OneCGIAR : Discours de Dr Akinwumi ADESINA, Président du Groupe de la BAD (en anglais)

Agir plus ensemble, moins seul

Abondant dans le même sens, le Directeur Exécutif du CORAF, Dr Abdou TENKOUANO, a appelé à adopter de nouveaux modèles d’affaires. 

Dans une présentation mettant l’accent sur le “Renforcement des liens, la coordination et la responsabilité dans le système de recherche et d’innovation agricole en Afrique”, il a estimé qu’au regard de la complexité et de l’enchevêtrement des défis actuels de l’agriculture, ces nouveaux modèles d’affaires centrés sur les partenariats et avec toujours pour cibles ultimes, les agriculteurs, favoriseront les synergies et la mutualisation des ressources, pour un impact plus massif.

« L’ensemble des éléments perturbateurs actuels de l’agriculture sont interconnectés et entretiennent une convergence, avec un impact sur les systèmes agricoles et alimentaires et un effet domino sur plusieurs autres secteurs, à une grande portée géographique », a déclaré Dr TENKOUANO.

« Les problèmes sans frontières appellent des solutions sans frontières. Aucun pays n’a à lui seul, la capacité de résoudre tous les problèmes actuels de l’agriculture. Mais lorsque nous travaillons ensemble, en exploitant et en contextualisant la contribution du OneCGIAR pour renforcer l’agenda africain tel que cristallisé par le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), nous sommes capables de le faire », a-t-il souligné.

Dr TENKOUANO a fait sa présentation au nom des organisations qui mettent en œuvre le PDDAA ex-Pilier 4 (PDDAA-XP4).

Celles-ci sont, en plus du CORAF, le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), le Forum africain pour les services de conseil agricole (AFAAS), l’Association pour le renforcement de la recherche agricole en Afrique orientale et centrale (ASARECA), et le Centre de coordination de la recherche et du développement agricoles pour l’Afrique australe (CCARDESA).

Réunion de haut niveau de OneCGIAR : Présentation de Dr Abdou TENKOUANO, Directeur Exécutif du CORAF (en anglais)

Capitaliser sur l’existant

En outre, précisant l’importance du contexte local, le Directeur Exécutif du CORAF a appelé à opérer les réformes du OneCGIAR en adoptant une approche inclusive, qui réponde à la demande et aux besoins des agriculteurs et des communautés.

Il a surtout insisté sur la nécessité de s’appuyer sur la force des institutions existantes.

Pour illustrer ses propos, il a en l’occurrence évoqué le réseau des Centres nationaux de spécialisation dont deux (02) Centres régionaux d’excellence (CNS/CRE), mis en place par le CORAF dans le cadre du Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) et qui ont généré des centaines de technologies et innovations agricoles qui ont profité aux pays de la sous-région, sur la base de la mutualisation et du partage des technologies et des connaissances.

Financé par la Banque mondiale, le PPAAO a en effet permis d’établir les CNS/CRE dans neuf (09) pays d’Afrique de l’Ouest, en tenant compte des avantages comparatifs de chaque pays hôte dans le domaine de spécialisation.

« Il est évident qu’il y a de potentielles synergies entre les CNS/CRE et les centres du GCRAI, en fonction de leurs domaines de spécialisation respectifs. Il s’agit donc de pistes de collaboration qui devraient être privilégiées par le OneCGIAR, pour plus d’impact sur les populations », explique Dr TENKOUNAO.

Pour sa part, le Président de la BAD a appelé à articuler les réformes autour d’un des programmes les plus réussis du continent : le programme “Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine” (TAAT).

Financé par la BAD et faisant partie intégrante de sa stratégie décennale Nourrir l’Afrique (2016-2025), le programme TAAT a eu en Afrique, des résultats probants et sans précédents, à en croire Dr ADESINA. 

« Les réformes du OneCGIAR en Afrique devraient s’articuler explicitement autour du programme TAAT, afin de porter les résultats à des échelles encore plus grandes et de mettre en place un système de responsabilisation, pour fournir des technologies à des millions d’agriculteurs, en utilisant un financement basé sur les résultats », a-t-il déclaré. 

L’événement de haut niveau a été co-organisé par la BAD, la Commission de l’Union africaine (CUA), le FARA et OneCGIAR.

En plus des organisateurs, la rencontre a connu la participation de plusieurs autorités gouvernementales africaines et autres organisations régionales telles que l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), le Forum régional des universités pour le renforcement des capacités en agriculture (RUFORUM) et l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD).