La pisciculture cicatrise les rivalités ethniques en Côte d’Ivoire

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En investissant 520 millions de FCFA (environ 1 million USD) dans un projet sous-régional de recherche et développement pour ses pays membres en 2014, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) avait pour objectif primordial de comprendre le potentiel génétique des populations locales d’ovins, de bovins, de pintades, de tilapias, etc., de les valoriser et de stimuler ainsi leur productivité.

Ce faisant, l’UEMOA a supposé que les résultats de la recherche contribueraient à la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations vivant dans son espace communautaire et, par conséquent, réduiraient le fardeau de la pauvreté.

Mais, il s’est avéré que l’un des impacts inattendus les plus importants du projet au Centre Ouest de la Côte d’Ivoire a fini par être le renforcement de la cohésion sociale et les liens sociaux entre des ethnies auparavant antagonistes.

En réunissant des pisciculteurs de plusieurs ethnies qui se regardaient auparavant en chien de faïence, les anciennes rivalités se sont dissipées et les vieilles blessures se sont cicatrisées.

« Au début, nous travaillions dans l’isolement et nous nous considérions parfois comme des concurrents. Mais avec la création des plateformes d’innovation, nous avons découvert que nous avions un intérêt et un but communs et nous avons appris à collaborer », explique Obrou Albert, 73 ans, qui a introduit la pisciculture dans le Canton Zedi, à Gagnoa dans le Centre ouest de la Côte d’Ivoire.

Dans la mise en œuvre du projet PROGEVAL, le CORAF et ses partenaires notamment le Centre National de Recherche Agricole (CNRA) ont mis en place à Bahompa une plateforme d’innovation autour de la chaîne de valeur pisciculture.

La principale valeur ajoutée des plateformes d’innovation est qu’elles rassemblent les agriculteurs pour discuter et partager leurs connaissances sur les nouvelles pratiques piscicoles telles que les intrants, la construction d’étangs, les infrastructures, la planification, la commercialisation, etc.

Avant la crise qui a frappé la Côte d’Ivoire après les élections présidentielles de 2010, la plupart des membres de ces communautés cohabitaient sans aucun problème. Mais avec la crise politique, ils ont commencé à se diviser principalement en fonction des différents groupes ethniques que l’on trouve dans le nord et le sud du pays. Des amis et des gens qui travaillaient ensemble auparavant ont commencé à se méfier les uns, des autres.

« Nous avons vécu ensemble et en paix pendant des décennies. Mais les choses ont changé pendant la crise. Certains membres de ma communauté ont commencé à comploter les uns, contre les autres », regrette M. Obrou.

La Côte d’Ivoire a connu une crise politique qui a débouché sur une guerre à la suite des élections de 2010. Entre décembre 2010 et avril 2011, environ 3000 personnes auraient été tuées à la suite d’une impasse sur le vainqueur des élections présidentielles.

Dans le canton  Zedi, à Bahompa et dans la région de Gagnoa en général, la communauté a également été affectée par la crise.

« Les plateformes d’innovation changent tout pour nous. Baoulés, Bétés, Senoufo, Maliens, Guinéens et Burkinabés travaillent désormais ensemble grâce aux plateformes d’innovation. Nous sommes tous des pisciculteurs. Nous avons un intérêt commun. Auparavant, je ne pouvais pas aller à la ferme des autres sans les en informer. Mais nous effectuons maintenant des visites d’échange, parfois même en l’absence du propriétaire de l’exploitation. C’est dire à quel point nous avons regagné confiance réciproquement », affirme Obrou.

Le gouvernement ivoirien a déployé des efforts considérables pour tenter de réconcilier le pays après la crise politique. Mais pour les gens de cette région, ils ont initié et conduit le processus de réconciliation sans soutien extérieur.

« Que des personnes ayant un intérêt commercial commun puissent se réunir grâce à un mécanisme innovant mis en place pour discuter et faire avancer une chaîne de valeur spécifique, est quelque chose que nous devons saluer », déclare le Dr Cyrille Kouassi, le Coordinateur de PROGEVAL en Côte d’Ivoire.

Pour le président de la plateforme d’innovation pisciculture, M. Boli Bi Alain, le rétablissement de la confiance entre les gens de la région demeure l’une de ses plus grandes fiertés.

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