Du poste d’Assistant de bureau, à la pisciculture

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Peu de jeunes Africains abandonnent leur travail lucratif de bureau climatisé en ville pour l’agriculture.

Les perceptions négatives de l’agriculture, le manque d’information, de compétences, les difficultés d’accès au crédit et à la terres sont quelques-unes des raisons pour lesquelles très peu de citadins ne veulent pas retourner dans les zones rurales sous-peuplées de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne pour s’adonner à l’agriculture, estiment les experts.

Ces dernières années, la tendance a montré que les jeunes, en particulier en Afrique de l’Ouest, abandonnent cette agriculture pour se rendre dans les grandes villes ou prennent la direction de l’Europe ou d’autres horizons à la recherche de meilleures situations.

Mais en Côte d’Ivoire, Boli Bi Goua Alain, 48 ans, défie cette tendance.

De son poste relativement confortable d’assistant de bureau auprès du coordinateur du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan, Boli Bi gère aujourd’hui une ferme piscicole de huit hectares à Bahompa, dans le département de Gagnoa, dans le Centre-ouest de la Côte d’Ivoire.

Bahompa est situé à environ 300 kilomètres de la capitale économique, Abidjan.

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« J’étais fatigué d’aider les autres à devenir riche », dit Boli Bi Alain.

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« J’ai quitté mon travail en 2009 pour me concentrer sur la pisciculture. »

Les pays, les organisations de développement et les institutions de recherche ont longtemps soutenu que l’agrobusiness et l’entreprenariat sont l’un des principaux moyens de libérer le potentiel de l’industrie agricole en Afrique. D’après les experts, à l’échelle du secteur privé, il existe une forte possibilité de création d’emplois, d’amélioration des moyens d’existence et de réalisation de la nutrition et de la sécurité alimentaire.

Si la concrétisation de ces nobles objectifs demeure un défi majeur, un Ivoirien courageux, audacieux et ambitieux est incontestablement convaincu que son avenir dépend de l’agro-industrie. Boli Bi est fier d’être considéré comme un « spécialiste de l’aquabusiness ».

« Peu de gens se lancent dans la pisciculture avec un plan d’affaires ou avec l’intention d’en faire une entreprise rentable », explique-t-il. « L’état d’esprit qui sous-tend la pisciculture est erroné, ce qui explique en partie pourquoi le secteur n’a pas connu la croissance qu’il mérite », ajoute-t-il.

« La pisciculture est une science composée de tant d’éléments. Il s’agit notamment de la production d’aliments pour animaux et d’alevins. Cela comprend également la construction d’infrastructures capables de filtrer et d’aérer l’eau, d’entretenir, d’installer des filets, des barrages et des étangs », dit-il.

Pour lui, la plupart des pisciculteurs pensent qu’ils peuvent gérer cela individuellement.

« Ce que j’ai appris au Vietnam, c’est qu’il y a des gens tout au long de la chaîne de valeur qui s’occupent par exemple des aliments pour poissons ou produisent des alevins. »

Emploie environ 25 travailleurs

Incapables de trouver des emplois viables dans les zones rurales de Côte d’Ivoire comme dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, les jeunes émigrent vers les villes urbaines où leur avenir est souvent incertain.

Fort de ses connaissances en économie et en gestion de projet acquises à l’Université d’Abidjan, cet entrepreneur a mis sur pied une coopérative dans laquelle il a pris des dispositions pour partager entre les membres le produit de leur production annuelle.

« Je travaille avec 25 personnes. Je ne leur paie pas de salaire. Le système que nous avons mis en place est fondé sur des mesures incitatives. Ce qu’il fait, c’est qu’il encourage tous ceux qui ont une part dans la coopérative à travailler aussi fort que possible. Parce que plus la production est élevée, plus les chances d’obtenir un meilleur salaire sont élevées. »

L’expansion des entreprises grâce à de nouvelles connaissances et compétences

Dans le cadre de son mandat d’intégration régionale, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a financé un projet de recherche et développement pour une durée de trois ans dans cinq États membres.

Connu sous le nom de projet de valorisation des ressources génétiques animales et aquacoles locales dans l’espace UEMOA (PROGEVAL), ce projet d’intervention de 520 millions de FCFA (environ 1 million USD) vise principalement à comprendre les caractéristiques génétiques des bovins, ovins, tilapias, Silures et pintades ainsi qu’à stimuler leur productivité.

Le projet mis en œuvre par le Centre International de recherche et de développement sur l’élevage en zone subhumide (CIRDES), basé au Burkina Faso, et ses partenaires sous la coordination du CORAF, s’engage également avec les agriculteurs autour des plateformes d’innovation pour échanger et partager de nouvelles pratiques tout en renforçant l’apprentissage parmi les acteurs d’une chaîne de valeur spécifique.

Dans la région du centre-ouest de la Côte d’Ivoire, l’une de ces plateformes d’innovation a été créée pour servir les intérêts d’environ 220 pisciculteurs.

Avec les progrès réalisés dans la pisciculture à Bahompa avant le début du projet en 2016, Boli Bi Alain a été désigné président par d’autres pisciculteurs de la région.

En plus des leçons apprises sur l’alimentation appropriée des poissons, sur l’intérêt d’avoir ses alevins de qualité, Boli Bi et ses pairs ont également appris comment commercialiser leurs produits, planifier la récolte et construire des étangs et autres infrastructures indispensables.

« Grâce aux connaissances et aux compétences acquises dans le cadre de ce projet, nous produisons aujourd’hui environ 24 tonnes de poisson par an », explique Boli Bi.

Avec un kilogramme de tilapia se vendant à environ 1500 FCFA (6 USD), cela représente environ 32 millions de FCFA (64.000 USD) par an.

Dans un pays où la majorité des gens survivent avec moins de 2 USD par jour, il s’agit d’un revenu substantiel pour peu d’efforts, selon les experts.

« En lui, il y a deux histoires de réussite. Premièrement, en tant que l’un des principaux bénéficiaires du projet. Deuxièmement, c’est une réussite du point de vue du soutien et de l’autonomisation qu’il a apportés aux autres pisciculteurs de la région », déclare le Dr Khady Diop, Point Focal PROGEVAL au CORAF.

Boli Bi est reconnu dans la grande région de Gagnoa pour son soutien à d’autres agriculteurs avec les connaissances et le soutien technique appropriés qu’il leur apporte.

« La pisciculture est source d’emplois. Nous avons beaucoup d’eau et un terrain convenable. Il y a une forte demande du poisson. Notre pays a besoin de 400.000 tonnes de poissons par an, alors que nous ne produisons que 70.000 tonnes. Ce qui veut dire qu’il y a un énorme déficit à combler. Si nous impliquons nos femmes et nos jeunes, nous pouvons faire de ce secteur une activité génératrice de revenus durables pour eux », affirme-t-il.

Faire participer les femmes Bahompa

Sentant qu’il y aura plus de profits dans la transformation et la commercialisation du poisson, Boli Bi et son groupe étudient maintenant la possibilité d’amener les épouses des membres de la plateforme à contribuer à la transformation du poisson et à s’occuper de la commercialisation à travers le pays.

La plupart des pisciculteurs de la plateforme d’innovation de Bahompa dépendent de vendeurs venus de toute la Côte d’Ivoire. Beaucoup ont subi des pertes, soit parce que les acheteurs empruntent souvent et ne paient pas en totalité ou à temps. Dans certains cas, le marché n’est pas en faveur des pisciculteurs des Bahompa, disent-ils.

« Á partir de l’année prochaine, nous engagerons nos femmes dans la vente du poisson produit par nos membres », déclare Boli Bi.

Nécessité d’une volonté politique

Boli Bi Alain est peut-être l’un des rares individus très instruits et ex-urbains à tirer profit de la demande croissante des consommateurs pour le poisson local en Côte d’Ivoire. Bien qu’il affirme que la pisciculture offre d’immenses possibilités par rapport à d’autres secteurs, il affirme également que, sans soutien politique fort, il sera difficile d’atteindre la masse critique de propriétaires d’entreprises agroalimentaires nécessaire pour transformer durablement l’industrie agricole.

« La culture massive du cacao en Côte d’Ivoire est le résultat d’une volonté politique », dit-il en référence aux mesures mises en place par le premier président de Côte d’Ivoire pour encourager la culture du cacao.

La Côte d’Ivoire est le premier pays producteur de cacao au monde avec environ 40 pour cent du marché mondial.

« La croissance de la pisciculture, comme tout autre secteur agricole, peut être gravement compromise si les politiques et réglementations nécessaires ne sont pas mises en place. »

 

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