Le paradoxe des agro-transformatrices du Sénégal

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Les histoires édifiantes de braves femmes transformatrices agro-alimentaires du Sénégal. Loin d’être découragées par les défis auxquels elles sont confrontées, elles ont pris leur destin en main et collectent une modique somme mensuelle pour l’achat de matières premières, afin de répondre à la demande croissante de produits locaux transformés.

À Pout, à environ 50 kilomètres à l’est de la capitale sénégalaise, environ 2 400 femmes se sont organisées en groupement d’intérêt économique (GIE), pour saisir les nouvelles opportunités commerciales qu’offrent les chaînes de valeur des céréales sèches et des fruits et légumes.

Armées de leurs nouvelles connaissances et compétences acquises à travers l’appui du gouvernement sénégalais dans le cadre de l’ambitieux Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO/WAAPP), ces femmes sont sur le point de sortir du piège de la pauvreté et de changer leur histoire de mères au foyer, qui est souvent associée aux femmes dans cette partie du pays.

Pendant des années, elles ont transformé le maïs, le mil, le sorgho et le blé en produits alimentaires locaux raffinés, comme le «Sankhal», le «Thiéré» et le «Thiakry», etc. La qualité de leurs produits s’est améliorée, à la grande satisfaction des consommateurs au niveau local et des grossistes.

Mais à mesure que la demande augmente, y compris de la part d’Auchan, l’une des chaînes de distribution alimentaire les plus importantes au Sénégal, les femmes se retrouvent dans l’impossibilité de satisfaire à la demande de produits locaux transformés, en partie, faute de fonds de roulement.

« Nous avons des commandes d’Auchan et d’autres grands grossistes, » a déclaré Awa Diop, présidente du groupement des femmes.

« Actuellement, la demande est supérieure à l’offre, » précise-t-elle.

« Les femmes veulent travailler. Elles ont été formées à l’Institut de Technologie Alimentaire grâce au PPAAO/WAAPP. Elles ont la capacité et le savoir-faire. Ce qui nous retarde, c’est un fonds de roulement conséquent. »

Appelé le réseau des micro-entrepreneurs de Pout, ce groupement de femmes a loué une unité de transformation coûtant environ 30 000 FCFA (60 USD) par mois. La plupart des transformations effectuées ici sont artisanales. Les femmes expliquent qu’en raison de la hausse des coûts fixes liés aux activités commerciales, elles génèrent moins de bénéfices.

« Si nous possédions notre propre unité et nos propres équipements de transformation, nous augmenterions nos opérations et gagnerions plus d’argent, » a déclaré Mme Diop.

Les transformateurs agroalimentaires sont tenus de respecter les strictes réglementations en matière d’hygiène et d’assurance qualité au Sénégal. Pour l’instant, le gouvernement sénégalais n’a apparemment pas encore autorisé ces femmes à commercialiser leurs produits à grande échelle (Absence d’autorisation FRA).

« Cela signifie que la plus grande partie de la production de nos femmes est principalement consommée par leurs ménages, » explique Mme Diop.

Dans une certaine mesure, cela limite leur clientèle, tient-elle à souligner.

Tout en cherchant d’autres moyens de mobiliser des capitaux supplémentaires, le groupement des femmes de Pout collecte  une contribution mensuelle.

« Nous ne pouvons tout simplement pas attendre les autres. Nous devons prendre notre destin en main. C’est pourquoi nous nous sommes données tous les mois pour faire un don de 8 000 FCFA (16 USD) pour l’achat de la matière première nécessaire à la poursuite de nos activités pour répondre à la demande de nos clients. »

Le réseau des femmes micro-entrepreneurs de Pout est composé de femmes participant à plusieurs activités. Certaines s’activent dans la couture, l’élevage et la production d’oignons et de tomates. En diversifiant leurs activités, les femmes sont en mesure d’amoindrir les risques et de générer plus de profit.

Le PPAAO Sénégal a financé la formation et le développement des capacités des femmes de Pout, ainsi que d’autres personnes à travers le pays, dans plusieurs domaines. Parmi ceux-ci, figurent les bonnes pratiques en matière de transformation de la mangue, le maintien d’une bonne hygiène dans la transformation des fruits, la gestion financière, la recherche d’opportunités de marché, la nutrition de certains produits clés et l’emballage.

Le PPAAO a investi 3 millions FCFA (6 000 USD) dans ce groupement de femmes en 2017. Depuis lors, affirment les experts du Programme, des changements significatifs ont été observés dans les activités et la vie des personnes impliquées. Le PPAAO soutient que certains des avantages réels qui ne sont pas nécessairement monétaires, concernent le développement des capacités des femmes.

Elles ont dit :

aminata-marega6 Aminata Marega, 30 ans 

Avant de rejoindre le groupement des femmes, j’étais une mère au foyer qui ne   faisais  rien. Mais depuis que je suis devenue membre, j’ai non seulement accru mes   connaissances et ma capacité à transformer et à emballer les céréales, mais je sais   aussi faire de l’eau de Javel.

 

aminata-ciss2 Ciss, mariée et mère de deux enfants

Je participe activement à la transformation des céréales sèches depuis un an et demi.   Les revenus gagnés ici m’ont permis de participer davantage à la gestion des affaires   de mon ménage. Je suis très occupée et heureuse de pouvoir subvenir aux besoins de   ma famille.

 

khadi-diop Khady Diop

L’avantage le plus important n’a pas été l’argent. C’est la connaissance que j’ai   acquise en travaillant ici que j’ai le plus aimée.

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