Au Togo, une coopérative d’agricultrices lance avec succès un riz 100 % qualité supérieure

Anié, le 28 janvier 2020— C’est jour de marché à Anié, ville commerciale à 200 km au nord de Lomé. L’affluence matinale pour le petit-déjeuner est encore plus forte devant la gargote d’Anifa Aboubacar.  Une clientèle de tous âges fait la queue pour son « watché ». Elle cuisine tous les jours depuis plus de 20 ans ce riz cantonais africain agrémenté d’haricots blancs et de piments frits, très apprécié dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Et elle ne badine pas avec la recette : « Le vrai watché se fait avec du riz étuvé. Ici à Anié, nous avons toujours respecté cette tradition. »

« Je suis veuve et arrive enfin à prendre en charge ma famille.  » Mrs. Kadokalih, membre de la coopérative
Un riz de meilleure qualité et plus facile à produire

Traité à la vapeur après récolte pour conserver ses vitamines et minéraux, le riz étuvé n’a pas de secret pour les femmes d’Anié dont la plupart excellent dans la transformation traditionnelle du riz local. Mais un groupe de femmes sort du lot : les Femmes vaillantes d’Anié. Cette coopérative créée en 2007 par 12 agricultrices produit un riz étuvé de qualité supérieure. « Avant on faisait de l’étuvage en versant directement du riz non décortiqué dans une marmite remplie d’eau, ce qui occasionnait beaucoup de pertes et de résidus », explique Ebiro Kadokalih, présidente de l’association. « Mais aujourd’hui, nous avons une vraie étuveuse qui nous permet d’avoir un riz sans brisure et plus propre. »

Cette étuveuse améliorée leur a été offerte par le Projet de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) qui les a aussi formées aux techniques de production de riz étuvé de qualité supérieure. Les résultats sont au rendez-vous. Ebiro et ses collègues ont presque multiplié par trois leur rendement et produisent 800 kilos de riz étuvé par semaine, avec zéro perte. Le travail est devenu moins pénible, moins salissant, et plus rapide. Un gain de temps qui leur a permis de soigner l’emballage et la présentation de leur riz qu’elles vendent aujourd’hui sous le label Riz étuvé de la Coopérative femmes vaillantes d’Anié.

Une clientèle plus aisée et qui vient de loin

Pour Ebiro, cet effort marketing attire une clientèle plus aisée et exigeante : « Nous livrons surtout la Maison des sœurs religieuses d’Anié et avons de plus en plus de clients qui viennent de Lomé, la capitale. »

« Je n’achète plus que le riz des Femmes vaillantes que j’ai découvert en arrivant à Anié il y a deux ans et dont j’apprécie la qualité et le goût », souligne sœur Georgette, la doyenne de la Maison des sœurs franciscaines d’Anié. « J’aide aussi la coopérative à fournir beaucoup d’autres congrégations qui me le demandent lorsqu’elles goûtent le riz chez moi ».

Pour l’instant, le bureau de la coopérative et son site de production sont hébergés dans la concession familiale de la présidente. Mais les Femmes vaillantes voient les choses en grand et envisagent de construire un centre de transformation à grande échelle.

Grâce aux bénéfices tirés de l’augmentation de son volume de ventes, la coopérative a acquis un domaine de deux hectares dans le hameau de Sevia, à une dizaine de kilomètres d’Anié. Objectif ? Accroître son rendement. Une fois de plus, le PPAAO est venu à la rescousse : « Le projet m’a aidée à aller suivre une formation au Mali sur les techniques de riziculture intensive », confie Ekouya Adoukonou, présidente du comité de surveillance des Femmes vaillantes qui emploient maintenant deux ouvriers saisonniers pour labourer et entretenir le champ collectif. « À mon retour, j’ai formé les autres membres de la coopérative, notamment sur la technique de repiquage, qui nous a fait passer de deux à sept tonnes de riz par hectare. »

Le quotidien d’Ekouya, d’Ebiro et de leurs collègues est moins incertain depuis que leur coopérative est devenue une petite entreprise dynamique. « Je suis veuve et arrive enfin à prendre en charge ma famille », assure madame Kadokalih, membre de la coopérative. « J’arrive surtout à payer l’école pour tous mes enfants. »

Financé à hauteur de 32,8 millions de dollars par la Banque mondiale, par le biais de l’Association internationale de développement, le Projet pour la productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) a déjà appuyé 10 coopératives d’étuvage de riz gérées par femmes et eu un impact direct dans le vie de plus de 227 000 Togolaises.

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Credit @ Banque Mondiale