PLAN STRATEGIQUE DE COOPERATION POUR LA RECHERCHE ET LE DEVELOPPEMENT AGRICOLES EN AFRIQUE DE L'OUEST ET DU CENTRE

1999- 2014 



 


I. PREMIERE PARTIE

AXES STRATEGIQUES DE COOPERATION SOUS-REGIONALE
EN RECHERCHE ET DEVELOPPEMENT AGRICOLES

1.1. Contexte.

1.1.1. Objectifs du Plan Stratégique de Coopération.

1.1.2. Elaboration du Plan Stratégique de Coopération.

1.1.3. Principes directeurs de la coopération sous-régionale.

1.2. Revue du secteur agricole de la sous-région.

1.2.1. Caractéristiques générales.

1.2.2. Caractéristiques physiques et socio-économiques de l’agriculture.

1.2.3. Population.

1.3. Economie agricole de la sous-région.

1.3.1. Importance du secteur agricole.

1.3.2. Systèmes de production et de productivité.

1.3.3. Objectifs du secteur agricole.

1.3.3.1. Augmentation de la production.

1.3.3.2. Réduction de la pauvreté et amélioration de la sécurité alimentaire.

1.3.3.3. Création d’emplois.

1.3.3.4. Gestion des ressources naturelles.

 

 

I. PREMIERE PARTIE

  

AXES STRATEGIQUES DE COOPERATION SOUS-REGIONALE

EN RECHERCHE ET DEVELOPPEMENT AGRICOLES

1.1. Contexte 

L’agriculture est le secteur économique le plus important des pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Elle offre des emplois à la majorité des populations, contribue à la sécurité alimentaire et aux recettes d’exportation et fournit des matières premières à l’industrie agroalimentaire. Vue à travers les Systèmes Nationaux de Recherche Agricole (SNRA), elle est essentiellement orientée vers l’objectif premier d’amélioration des conditions de vie des populations. Selon plusieurs auteurs, les besoins alimentaires au niveau de la sous-région tripleront au cours des trois prochaines décennies. Durant cette période, il est prévu que les superficies cultivables par tête d’habitant seront réduites de plus de la moitié, tandis que le développement durable de la sous-région dépendra de la réalisation d’un taux de croissance de la production agricole d’environ 4 % par an. Ceci nécessitera une plus grande productivité sur le plan agricole, basée sur le développement durable des ressources naturelles. 

Pendant plusieurs décennies, les gouvernements et leurs partenaires ont appuyé la recherche agricole engagée dans la résolution des défis majeurs de développement auxquels sont confrontés les pays. A cet égard, les SNRA de la sous-région se sont consacrés à la recherche sur une diversité de produits agricoles, de facteurs et de systèmes de production. Cependant, lorsqu’on considère l’économie dans sa globalité, on perçoit actuellement très peu d’impact des résultats de la recherche sur les différents systèmes de production.

La plupart des institutions de recherche font actuellement face à une crise financière due à des réductions des allocations budgétaires par les gouvernements d’une part, et des subventions accordées par les partenaires financiers, d’autre part. Malgré cela, plusieurs SNRA essayent de participer à des réseaux et programmes de recherche communs à l’échelle sous-régionale, qui devront finalement profiter aux pays pris individuellement. Cependant, en dépit des progrès impressionnants réalisés en coopération sous-régionale grâce à la mise en place de ces institutions, leur impact potentiel est toujours entravé par certains facteurs tels que :

·        l’absence d’une stratégie de recherche qui fait que les maigres ressources disponibles ne sont pas consacrées aux problèmes majeurs.

·        l’absence d’une approche holistique interpellant tous les partenaires de la recherche 

·        la faible coordination entre les réseaux et l’absence de cohésion des efforts entraînent la duplication de leur activités

·        la difficulté de coordination de la participation des chercheurs aux activités sous-régionales

·        l’absence d’un dispositif de financement des activités de recherche à vocation sous- régionale

1.1.1. Objectifs du Plan Stratégique de Coopération

Pour relever les défis majeurs qui se posent à l’agriculture et à la recherche-développement en Afrique de l’Ouest et du Centre, la onzième Réunion Plénière de la  CORAF, tenue en 1998, à Accra, au Ghana, a adopté une résolution portant élaboration d’un Plan Stratégique de Coopération pour la recherche et le développement agricoles. Ce Plan Stratégique de Coopération couvre une période de quinze ans (1999-2014). Produit à l’issue des diverses consultations au niveau national, zonal et sous-régional, il a  pour objectifs : 

·        d’identifier les priorités en matière de coopération sous-régionale dans le domaine de la recherche et du développement agricoles 

·        d’établir un cadre de négociation et de dialogue entre les différents partenaires de la recherche et du développement agricoles

·        de proposer un mécanisme de financement durable en matière de coopération sous-régionale

1.1.2. Elaboration du Plan Stratégique de Coopération

Vingt-deux SNRA ont constitué  le premier cadre de la planification de coopération régionale en matière de recherche et de développement agricoles. Une approche participative fut adoptée (lire « Approche méthodologique » dans l’Annexe 1), prenant aussi en considération les Plans Stratégiques des institutions des SNRA et l’opinion des partenaires scientifiques et techniques et des partenaires financiers. 

1.1.3. Principes directeurs de la coopération sous-régionale 

Ces principes sont les suivants :

1.      la coopération  sous-régionale doit aider à promouvoir une utilisation plus efficiente et efficace des ressources, afin d’éliminer les obstacles à l’augmentation de la production agricole et à l’atténuation des effets de la dégradation des ressources naturelles

2.      les SNRA doivent être considérés comme des structures de base pour une coopération fructueuse et durable

3.      la coopération sous-régionale doit appuyer, et non remplacer, les efforts consentis par les SNRA

La sous-région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, située en Afrique sub-saharienne, est divisée en trois zones : zone soudano-sahélienne (de l’Afrique de l’Ouest), zone pluvieuse occidentale sub-tropicale (zone côtière de l’Afrique de l’Ouest), et zone pluvieuse centrale (zone de l’Afrique Centrale). 

1.2. Revue du secteur agricole de la sous-région

1.2.1. Caractéristiques générales 

Les 22 pays de la sous-région, utilisés comme base de cette étude, couvrent une superficie de 11,5 millions de km², avec une population de plus de 260 millions dont plus de 65 millions ont pour principale occupation l’agriculture ou des activités liées à l’agriculture.

La zone sahélienne de l’Afrique de l’Ouest : cette zone est composée de 9 pays : le Burkina Faso, le Cap-Vert, le Tchad, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal, membres du  Comité Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS).

La zone côtière de l’Afrique de l’Ouest : cette zone comprend la Guinée, le Sierra-Léone, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin, le Nigeria, le Libéria (non encore membre). 

La zone de l’Afrique Centrale : cette zone est composée du Cameroun, de la République Centrafricaine, du Gabon, de la République Démocratique du Congo et de la République du Congo. 

1.2.2. Caractéristiques physiques et socio-économiques de l’agriculture 

Le Sahel est caractérisé par des fluctuations climatiques marquées par de fréquentes variations pluviométriques. La fréquence et la distribution de la pluviométrie y constituent des facteurs d’une importance capitale dans la vie quotidienne de plus de 40 millions de personnes. Du fait de la rareté de l’eau, l’agriculture pluviale devient impraticable sur les 2/3 de la superficie. La pluviométrie se répartit de la manière suivante : la zone sahélienne avec moins de 350 mm par an à la frontière nord de la zone pluviale ; la bande soudano-sahélienne avec 350 à 600 mm ;  la zone soudanaise avec 600 à 800 mm et la zone soudanienne avec une moyenne de plus de 800 mm.

Au Sahel, la production agricole est largement tributaire des fluctuations annuelles entre les années de sécheresse plus ou moins intenses et les années de pluies plus ou moins abondantes. Cependant, des périodes de pluies plus courtes y ont été enregistrées au cours des 20 dernières années. Ainsi, on s’attend à ce que les changements climatiques constituent une donnée fondamentale, qu’on ne saurait écarter dans le cadre de la formulation d’une stratégie de développement durable et réaliste. Au cours des prochaines décennies, toute amélioration du niveau de vie de la majorité de la population sahélienne, due à une augmentation substantielle de la production agro-sylvo-pastorale, dépendra essentiellement d’une bonne gestion des ressources en eaux disponibles.

La superficie totale de la zone sahélienne couvre environ 530 millions d’hectares et est composée de 60 % de terres complètement désertiques, de 28 % de terres cultivables (150 millions d’hectares) et de 12 % de terres cultivées (62 millions d’hectares). L’agriculture irriguée est pratiquée sur 13,9 millions d’hectares (22 % des terres cultivables), surtout au Tchad (40 %), au Mali (29 %) et au Niger (12 %).  

 

L’agriculture pluviale est praticable sur moins de  50 % (31 millions d’hectares) de la totalité des terres cultivables, avec une pluviométrie annuelle de 600 mm et une probabilité de 0,9. La production potentielle se trouve encore handicapée par la mauvaise qualité et la fragilité structurale des sols : des niveaux de fertilité bas (surtout en phosphore et en azote), de petites quantités de matières organiques et une faible capacité de rétention d’eau. Ainsi, plus de 40 % de ces zones, ayant bénéficié d’une pluviométrie relativement abondante, ne sont pas cultivables ou se prêtent mal à une culture permanente. Les meilleurs sols, qui reçoivent au moins 800 mm de pluie par an, se répartissent entre les deux grandes zones que sont la zone soudanienne et la zone nord guinéenne (CORAF, 1999).

 

En 1989, une surface estimée à 25 % de toutes les terres cultivables (15,6 millions d’hectares) du Sahel a été exploitée. Cependant, on ne saurait en déduire qu’il y a beaucoup de terres cultivables dans les pays du Sahel, qui pourraient augmenter leur production en augmentant les surfaces cultivées. Il est important de retenir que la chose la plus importante n’est pas la proportion de terres utilisées comme des pâturages ou comme des champs. Vu les systèmes dominants de production, il s’agit plutôt de voir à quel point la densité des populations s’équilibre avec les capacités d’accumulation à long terme des terres dans les diverses zones agro-climatiques. Par conséquent, on peut en déduire que, à part l’étendue des surfaces exploitées, c’est le bas niveau de la productivité, attribué à la mauvaise qualité des sols et aux modes de production traditionnels, qui limite les capacités de rétention des sols de la zone agro-sylvo-pastorale sahélienne. La couverture végétale naturelle devient, par conséquent, l’élément le plus vulnérable et la ressource la plus exploitée de l’écosystème sahélien. 

Les pays de la zone côtière occupent une superficie d’environ 602 millions d’hectares de terre, dont 61 millions sont exploités, soit 10 % de la superficie totale, 326 millions sont boisés et environ 1,1 million est irrigué. Cette zone, qui va de la côte à la savane, reçoit environ 1 500 mm de pluie par an. Elle est caractérisée par une longue saison de pluies (270 jours) et une plus courte saison sèche (moins de 120 jours). Les sols sont fragiles et très prédisposés à la dégradation. La partie sub-humide (ou savane humide) occupe la zone qui reçoit entre 900 et 1 500 mm de pluie, avec une saison sèche allant de 120 à 180 jours et une saison des pluies de 151 à 270 jours par an. 

D’après la FAO, environ 62 % des terres situées dans la zone sont cultivables, mais le potentiel est limité par des facteurs, tels  les insectes, les maladies, les mauvaises herbes, la grande acidité des sols, le lessivage des sols, l’érosion, etc. En outre, les forêts sont en train d’être détruites à un rythme effrayant, du fait en partie de l’accroissement des superficies exploitées. Au cours des années 90,  le taux de destruction des forêts était estimé à 3,7 millions d’hectares par an. Cependant, les estimations les plus récentes de la FAO se chiffrent à 5 millions d’hectares par an. Le taux de déboisement est estimé à 0,5 % par an et a même atteint 2 à 5 % en certains endroits. 

De la même façon, la proportion de terres, utilisées à des fins autres que celles de l’agriculture, a augmenté aux dépens des forêts, des terres reboisées ou vierges. En effet, l’habitat de la faune et de la flore, qui occupait 64 % des terres au début du siècle, a été réduit à un peu plus de 1/3 de la superficie initiale. Plusieurs espèces de plantes et d’animaux sont en danger du fait de la destruction de leur habitat. D’autre part, dans la même zone, la dégradation des ressources naturelles s’est accentuée au cours des trois derrières années. 

En milieu rural dans la zone côtière, la plupart des paysans sont de petits cultivateurs, même si parfois on y pratique des cultures de rente. Les principales cultures vivrières sont les racines et les tubercules (manioc, igname, pomme de terre, etc.) et quelques céréales (riz, maïs et sorgho). Les produits industriels sont les produits d’exportation, tels le café robusta, les produits du palmier, les noix de coco, le cacao et l’hévéa. Le  coton constitue aussi une culture de rente importante, cultivée surtout dans la savane. 

Des troupeaux de petits ruminants (moutons, chèvres, etc.) résistants à la trypanosomiase sont élevés dans la savane. Bien que la pêche constitue une importante activité dans certains pays (Ghana, Guinée, etc.), l’agriculture et l’élevage demeurent les principales sources de devises pour ces pays. Le secteur emploie 62,1 % de la population active, soit environ 73,4 % en Guinée et 49,3 % au Ghana. 

Il  existe une relation de complémentarité économique entre la zone côtière et la région sahélienne. Les vastes étendues de pâturage du Sahel se prêtent bien à l’élevage (ruminants), tandis que la zone côtière, avec ses nombreux débouchés urbains, offre  un marché pour le cheptel. D’autre part, la zone côtière offre aussi des possibilités d’engraissement des animaux pendant la saison sèche, lorsque les pâturages du Sahel se dessèchent. Alors que l’environnement sahélien se prête à la production céréalière, la zone côtière est plus indiquée pour les racines et tubercules, la banane et le plantain. Ainsi, les récoltes obtenues dans une zone donnée peuvent être commercialisées dans une autre zone. 

La zone de l’Afrique Centrale : cette zone couvre environ 25 % de la superficie de l’Afrique sub-saharienne. C’est la zone des grands fleuves (Congo, Ogoué et Chari) et des Grands Lacs (Tchad et Kivu). Le relief est extrêmement varié avec des zones montagneuses (Mont Cameroun, Malabo et la chaîne volcanique du Tibesti), des collines dans la région des Grands Lacs et la zone forestière de Mayombé) allant du Gabon au Sud du Tchad, en passant par la RDC et la RCA. Au nord du Cameroun, on trouve aussi des végétations sahéliennes. 

1.2.3. Population

Avec une population totale de 40,2 millions de personnes et une densité moyenne de 7,5 habitants par km² en 1988, l’ensemble de la zone sahélienne pourrait être considéré comme sous-peuplé. Cependant, ce premier constat occulte les vastes disparités géographiques au niveau de la répartition démographique, avec des densités de 1,9 habitants par km2 en Mauritanie à 4,7 habitants par km2 au Tchad, au Mali et au Niger, de 26 à 36 habitants par km2 au Burkina Faso, en Guinée-Bissau et au Sénégal, de 75 à 90 habitants par km2 en Gambie et au Cap-Vert. Même au niveau de ces pays, la population est entièrement répartie entre les diverses zones climatiques : presque réduite à zéro dans les régions désertiques, la densité augmente vers le sud, atteignant son niveau maximum dans la zone sahélo-soudanaise pour décroître dans la zone la plus humide (région soudanaise). Au moins 80 % de la population vivent sur 25 % de l’ensemble du territoire au sud du Sahel, avec des densités allant de 60 à 100 habitants par km² en certains endroits, créant ainsi une très forte demande en terres cultivables et en bois dans le cadre des systèmes de production traditionnels.

A part les effets du climat sur la désertification, il est largement reconnu aujourd’hui que la principale cause de la dégradation des ressources naturelles réside dans l’action combinée de techniques agricoles nocives et de la pression exercée par les hommes et les animaux.

Deux autres facteurs démographiques, la croissance démographique et l’urbanisation, rendent difficile la gestion du biotope sahélien. Tout d’abord, comme c’est le cas dans l’ensemble des pays de l’Afrique au Sud du Sahara, les taux de croissance démographique sont parmi les plus élevés au monde. Ensuite, l’urbanisation dite « sauvage » accroît le risque d’une croissance démographique finalement néfaste pour les efforts de développement. De 1,3 million en 1960, la population urbaine du Sahel a pratiquement été multipliée par 7 en moins de 27 ans (7 % par an) pour atteindre environ 9 millions (28 % de la population totale) en 1987. La forte tendance vers l’urbanisation est essentiellement due à l’exode rural, qui est, lui-même, dû à ce que l’on considère comme un décalage socio-économique continu entre les zones rurales et urbaines.

L’urbanisation rapide constitue un facteur déterminant  qui, non seulement prive les ménages ruraux de l’essentiel de leur main-d’œuvre adulte, mais aussi exerce une forte pression sur la demande en denrées essentielles, réduisant ainsi les réserves de ressources naturelles et occasionnant une perte de devises par l’importation de denrées alimentaires, etc. A moins d’une amélioration notable des principales activités de production en milieu urbain (industrie, activités de service, etc.), le processus d’urbanisation en cours a créé un chômage généralisé, accompagné d’une dégradation des conditions de vie et du climat social dans les zones périurbaines.

La zone côtière abrite une population de près de 200 millions de personnes, soit environ la moitié de la population de l’Afrique au Sud du Sahara. Les densités démographiques augmentent du nord au sud. On s’attend d’ailleurs à ce que la population soit multipliée par trois d’ici à l’an 2040, et que près de  la moitié de cette population vive dans les zones urbaines. Comme dans le Sahel, cela aurait pour conséquences une augmentation remarquable de la demande en denrées alimentaires en milieu urbain, et une augmentation des opportunités de marché. Par rapport à cette zone côtière, la population de la zone de l’Afrique Centrale semble être un peu moins de 15 % de la population de l’Afrique au Sud du Sahara et sur 25 % du territoire de la zone. Le paysage démographique varie d’un pays à l’autre et au sein d’un même pays. La densité démographique va de 45 habitants au km² en RCA, à 15 personnes au km² en RDC et à 25 personnes au km2 au Cameroun. Comme dans beaucoup d’autres pays africains, il existe une forte concentration des populations en zone urbaine : plus de 60 % de la population en RDC, 48,2 % au Gabon et 38,4 % en RCA. Dans l’ensemble de la zone, le taux d’urbanisation reste élevé. Alors qu’en 1970 un habitant sur quatre ruraux vivait en milieu urbain, il est prévu que le ratio sera de 1 sur 2 d’ici  l’an 2000.

Parallèlement à l’urbanisation, les Etats se dépeuplent vite et les zones de production sont abandonnées. De même, les populations rurales abandonnent l’agriculture pour aller en ville.

1.3. Economie agricole de la sous-région

1.3.1. Importance du secteur agricole

L’économie des pays du Sahel est fortement tributaire de l’agriculture ou des activités connexes. L’agriculture représente entre 35 et 60 % du PIB des pays de la zone, à l’exception du Cap-Vert (19 %) où les conditions agro-écologiques ne s’y prêtent guère. Le secteur emploie 80 à 90 % de la population active, sauf en Mauritanie (69 %) et au Sénégal (52 %). En plus de pourvoir les population de la région en denrées alimentaires de première nécessité, l’agriculture contribue largement aux recettes en devises étrangères : 57 %  pour l’ensemble des pays du Sahel à l’exception de Niger (13 %) et  60 à 98 % pour les  pays de la sous-région. Le secteur agricole est aussi le secteur qui consomme le plus de  ressources naturelles. La contribution du secteur agricole au PIB de la zone côtière était estimée à 33 % en 1991. Entre 1980 et 1991, le PIB annuel a augmenté de 1,8 %, avec 4,9 % pour le Bénin. L’augmentation de la production des principales cultures enregistrée au début des années 90 était due surtout à l’accroissement des superficies cultivées. Cependant, il y a eu une grande différence entre le potentiel de production et celle réalisée par les petits cultivateurs. Dans le cas du café, la différence constituait un facteur de 8, soit 250 kg contre 2.000 kg à l’hectare. Entre 1970 et 1990, la zone a importé de très grandes quantités de produits agricoles, surtout du blé et de la viande, à l’exception du Ghana et de quelques autres pays. 

L’économie des pays de l’Afrique Centrale est à peine diversifiée. Les recettes en devises étrangères viennent surtout des minerais et des cultures de rente. De tous les pays de la zone, le Cameroun possède l’économie la plus diversifiée. Même si le pétrole y fut découvert en 1978, l’agriculture demeure le principal secteur économique. Elle y emploie 80 % de la population active, génère 45 % des recettes d’exportation et représente 15 % des revenus du gouvernement. Les petits cultivateurs fournissent 90 % des produits agricoles, composés essentiellement des cultures vivrières et des produits de l’élevage destinés surtout à la consommation locale, ainsi que du café, du cacao (qui fait de ce pays le cinquième exportateur mondial avec 6 % du marché), du coton et du caoutchouc. Le palmier à huile et les fruits et légumes constituent d’autres produits d’exportation traditionnels de la zone. Tandis que le Cameroun a utilisé une grande partie de ses recettes, obtenues grâce à son pétrole, pour financer plusieurs investissements dans le domaine agricole, le Gabon, la RDC et le Congo ont un peu réinvesti les recettes du pétrole et des minerais dans l’agriculture et l’industrie. La sylviculture produit 42 % du PIB de la zone et représente 58 % des recettes d’exportation. Le café, le bois et le coton génèrent aussi d’importantes recettes. Le café et le coton représentent 40 % des recettes contre environ 18 % des recettes pour les produits forestiers. A titre de comparaison, on note que le diamant et l’or génèrent 20 % des recettes d’exportation. D’autre part, le cheptel, la chasse et la pêche fluviale permettent de faire face aux besoins nationaux en protéines d’origine animale. En République du Congo, la contribution de l’agriculture au PIB représente un peu moins de 12 % depuis 1979 et celle des exportations moins de 1 % ; ceci s’applique aussi au secteur forestier qui produisait plus de 40 % de la valeur des exportations au début des années 60, mais maintenant représente à peine 4 %. Au Gabon, l’agriculture est caractérisée par la même tendance qu’au Congo, sa part du PIB s’élevant à 4,5 %. 

1.3.2. Systèmes de production et de productivité

Au niveau de la zone sahélienne, les activités de production dominantes portent sur les céréales (mil, sorgho, maïs, riz irrigué) et sur deux cultures de rente (coton et arachide). La période de sécheresse de 1965 à 1973 avait causé des baisses importantes de production de toutes les cultures (2,8 % pour les céréales et 4,6 % pour l’arachide) ; cependant, la production cotonnière avait enregistré une augmentation annuelle de 7,3 %. Au cours de la période suivante (1973-1980), le niveau de production de l’arachide avait continué à baisser à raison de 4,8 % par an. D’autre part, les année 80 avaient donné des raisons d’espérer, à en juger par des taux d’augmentation annuels impressionnants enregistrés par les principales cultures, durant la période allant de 1980 à 1989. Cependant, ce nouvel élan d’optimisme devait être relativisé. En effet, ces augmentations ne résultaient pas de gains de productivité issus d’une exploitation optimale des terres ou de la main- d’œuvre, mais plutôt, pour l’essentiel, des effets combinés d’une plus grande pluviométrie et de l’extension des surfaces cultivées. Dans tous les cas, cette situation était plutôt précaire, puisqu’on s’attendait, une fois de plus, à un déficit pluviométrique au cours des années suivantes, et que le capital foncier de base était réduit et menacé. Il sera difficile de changer une telle situation, aussi longtemps que les systèmes de production seront extensifs par nature, utiliseront peu d’intrants externes et consommeront d’énormes quantités de ressources naturelles par unité de production. Il faut noter également la demande croissante en pâturages. De même, la croissance démographique continue à exacerber la ruée vers les terres arables ; les périodes de jachère ont été largement réduites, voire éliminées, conduisant ainsi à la baisse supplémentaire de la fertilité des sols de 3 % par an dans plusieurs zones. Par conséquent, on a enregistré une baisse de la productivité du cheptel, ainsi que celle des céréales et cultures pluviales, estimées environ à 0,3 t/ha dans le Sahel, environ à 0,5t/ha dans la zone sahélo-soudanaise, environ à 0,7 t/ha dans la zone soudanaise et environ à 0,9 t/ha des sols dans la zone soudano-guinéenne. 

Des indépendances jusqu’en 1980, les gouvernements des pays de la zone côtière avaient orienté leur politique vers le développement des industries alimentaires. Dans la plupart des pays de la zone, les gouvernements ont opté pour la création d’entreprises privées dans le secteur de l’industrie alimentaire, afin de créer plus d’emplois dans les zones périurbaines. La production, la transformation et la commercialisation constituaient les secteurs cibles de l’activité économique. Cependant, la plupart des exploitants agricoles étaient et demeurent de petits cultivateurs. Ils participent à l’agriculture commerciale et produisent aussi bien pour les marchés locaux (fruits et légumes) que pour l’exportation. C’est le cas en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria et en Guinée. Certaines cultures destinées à l’exportation portent sur le coton, l’huile de palme et  l’hévéa. De très grandes plantations publiques ou privées sur le palmier et le caoutchouc en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Ghana, sur la noix de coco et les fruits d’exportation (ananas ou banane) en Côte d’Ivoire. 

Au niveau de la zone côtière, la plupart des activités de transformation des produits agricoles sont effectuées par de petites entreprises faisant usage de technologies simples. Cependant, un certain nombre d’entreprises privées, d’importance variable, sont aussi engagées dans l’industrie de transformation (brasseries, minoteries, huileries) au Ghana, en Côte d’Ivoire et au Nigeria. Certaines unités industrielles appartiennent à des nationaux (Nigeria, Ghana), alors qu’en Côte d’Ivoire, la plupart appartiennent à des sociétés multinationales. En Côte d’Ivoire et au Nigeria, le Secteur Privé intervient aussi dans des secteurs qui fournissent des services aux producteurs. La plupart de ces activités avaient été initiées pour suppléer aux importations afin d’épargner les devises. Dans la plupart des pays, l’exportation porte essentiellement sur les cultures de rente. 

Dans la zone de l’Afrique Centrale, l’activité agricole se réduit à la production de quelques céréales (maïs, riz), en plus des racines et des tubercules, etc. L’agriculture et l’élevage sont pratiqués sur une petite échelle. Il existe peu d’industries de transformation sauf au Cameroun.

1.3.3. Objectifs du secteur agricole

1.3.3.1. Augmentation de la production

La production agricole demeure une activité à haute intensité de main-d’œuvre et exige beaucoup de ressources  naturelles. Partant de ce constat, l’objectif visé par ce Plan Stratégique de Coopération est de réunir les conditions de la valorisation de la production et de la commercialisation des divers produits à travers la recherche et le développement en coopération, tout en limitant les risques sur l’environnement. L’augmentation de la production et des bénéfices,  entre autres facteurs, peut conduire à associer la recherche ciblée et stratégique au continuum production-consommation. 

1.3.3.2. Réduction de la pauvreté et amélioration de la sécurité alimentaire

L’agriculture est devenue la principale industrie de la sous-région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Elle peut donc aider à améliorer le bien-être des populations, là où existe un consistant continuum production-consommation. C’est pourquoi les stratégies de développement sont nécessaires surtout pour prendre en compte les besoins des populations rurales, principaux acteurs de la production agricole. Ceci devrait permettre d’assurer la sécurité alimentaire, de réduire la pauvreté et de limiter l’exode rural. D’après les prévisions statistiques  portant sur  plusieurs pays de la sous-région, même avec un taux de croissance de  4 %  de la production agricole, la sécurité alimentaire pourrait ne pas être atteinte si le taux actuel de croissance démographique (3 %) n’est pas réduit. C’est pour ces raisons que d’autres mesures devraient être prises pour promouvoir la sécurité alimentaire, en plus des mesures visant à développer la production agricole et à réduire les taux de croissance démographique. La combinaison des agricultures de subsistance et de rente et de  la production de produits non agricoles devrait permettre d’assurer aux populations concernées  une sécurité alimentaire et économique.

1.3.3.3. Création d’emplois

La faiblesse du taux d’absorption de la main-d’œuvre qualifiée des industries sous-régionales pose la nécessité d’étudier de plus près le rôle potentiel que le secteur agricole pourrait y jouer, surtout les activités post-récoltes, la transformation des produits agricoles. En effet, le secteur de la transformation des produits agricoles peut contribuer à la création d’emplois, peut aider à valoriser les produits et à garantir leur meilleure conservation.  

1.3.3.4. Gestion des ressources naturelles

L’augmentation de la production agricole ne doit pas se faire aux dépens de l’environnement : destruction des forêts, dégradation des sols, etc. Des systèmes de production durables devront permettre la croissance stable de la production agricole pour les générations futures, tout en produisant plus pour les générations actuelles. Les recherches futures devront se pencher sur la génération de technologies ne favorisant pas le recours à la coupe abusive du bois et les brûlis, un des pratiques néfastes des cultures itinérantes. La gestion de l’environnement devra être participative et soutenue par des campagnes de sensibilisation ciblant les communautés rurales.