La recherche de qualité ouvre un avenir meilleur pour les pisciculteurs d’Afrique de l’Ouest

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Le projet de valorisation des ressources génétiques animales et aquacoles locales dans l’espace UEMOA (PROGEVAL), un projet de recherche et développement de trois ans financé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et mis en œuvre par le CORAF et ses partenaires a contribué à la hausse des revenus et des moyens de subsistance des pisciculteurs de la région.

Klodan Sanogo, ivoirien de son état a eu une année particulièrement difficile. M. Sanogo a consacré beaucoup de temps, d’énergie et d’argent à sa ferme de cacao au cours de la saison agricole 2018, dans l’espoir d’accroître son rendement et ses revenus. Hélas, les effets du Swollen Shoot (Maladie virale du Cacao) sur son exploitation agricole ont entraîné une baisse significative de la production et une perte financière sèche inattendue.

Mais grâce aux nouvelles pratiques de pisciculture introduites dans la région par PROGEVAL, cet agriculteur de 52 ans a pu compenser les pertes financières qu’il a subies.

« La pisciculture a sauvé ma vie et celle de ma famille », a déclaré M. Sanogo laissant afficher un grand sourire dans sa ferme située à Bahompa, une ville du Centre-ouest de la Côte d’Ivoire.

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Klodan Sanogo dit ‘Commandant des poissons’, un des bénéficiaires du PROGEVAL

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Depuis 2016, les chercheurs ont redoublé d’efforts pour comprendre les caractéristiques génétiques des ovins, des bovins, des pintades, des Silures et du tilapia dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest, avec pour objectif principal, d’accroître davantage la productivité de ces espèces. Plus précisément, les chercheurs ont été à l’avant-garde du développement d’intrants de qualité (aliments et alevins), mais ils ont également renforcé les connaissances des agriculteurs en matière de meilleures pratiques dans l’aquaculture.

Les pisciculteurs de Bahompa, et d’autres acteurs de la chaîne de valeur se sont regroupés depuis 2016 dans le cadre d’un accord leur permettant d’apprendre de nouvelles pratiques, d’échanger sur les défis auxquels ils sont confrontés et de rechercher collectivement des solutions. Cette approche de résolution des problèmes, autour d’une plate-forme d’innovation, a été essentielle à la valorisation des résultats de la recherche en Côte d’Ivoire.

« Depuis que j’ai reçu de nouveaux aliments de poisson et des alevins, ma production a considérablement augmenté », se réjouit M. Sanogo, âgé de 52 ans.

Lorsque nous avons rencontré Sanogo à sa ferme piscicole en fin octobre 2018, son enthousiasme était visible. Les revenus supplémentaires générés par la pisciculture lui avaient procuré une stabilité financière au point où il cherchait désormais à s’offrir une nouvelle voiture, digne de son nouveau standard de vie.

« Je vais commander une voiture 4×4 cette année », a-t-il déclaré avec beaucoup d’assurance. Pour lui, la décision d’acheter une nouvelle voiture se justifie non seulement par une volonté d’améliorer son niveau de vie, mais aussi par un souci de faciliter ses opérations telles que le transport des intrants vers sa ferme et la récolte vers les marchés.

Les recherches menées dans le cadre du projet PROGEVAL, financé par l’UEMOA à hauteur de 520 millions de FCFA (environ 1 million USD), devraient fournir des solutions durables qui non seulement améliorent les rendements, contribuent à la nutrition et à la sécurité alimentaire des populations, mais génèrent également des moyens de subsistance à la population, en les sortant du cercle vicieux de la pauvreté.

Les résultats ont déjà un impact durable et contribuent à soulager Sanogo et son ménage : « J’ai perdu du poids lorsque les prix du cacao ont commencé à baisser. Comme vous pouvez le voir maintenant, je reprends mes forces », dit-il en riant.

« J’ai envoyé mon enfant étudier au Canada »

Le Centre-ouest de la Côte d’Ivoire est considéré comme la deuxième région aquacole du pays après Daloa, Abidjan et Abengourou, considérées comme des zones de pisciculture par excellence.

Diallo Issa est l’un des ces pisciculteurs qui en ont le plus bénéficié de l’introduction de nouvelles pratiques d’élevage du poisson. Pendant des décennies, Issa tirait l’essentiel de ses revenus de la production de cacao pour gagner sa vie. Mais avec des rendements sans cesse en recul et des revenus en baisse, Diallo a commencé à miser davantage ses efforts sur la pisciculture.

Pour ce père de famille de huit enfants, il est si fier d’annoncer que, grâce à la vente de poissons, il a récemment pu envoyer un de ses fils, étudier au Canada.

« J’ai vendu du poisson et utilisé les revenus pour payer les frais de scolarité de mes trois enfants à l’université, à raison de 150 000 FCFA (300 USD) chacun. Le reste de l’argent a été utilisé pour envoyer un de mes fils au Canada », dit-il.

« Je veux agrandir mes étangs de poissons »

Zanga Diarrasouba, âgée de 53 ans, est Senoufo, une ethnie principalement originaire du nord de la Côte d’Ivoire. Il a migré vers le sud du pays en 1988 pour travailler dans les plantations de cacao. Récemment, il avait encore une plantation d’environ cinq hectares de cacao.

« En 2018, je n’ai rien gagné de substantiel avec ma plantation », dit-il.

Mais avec ses nouvelles connaissances acquises en pisciculture et de nouveaux intrants obtenus, Diarrasouba a produit environ 1,5 tonne de poissons en 2018. Il cherche désormais à intensifier sa production en raison de la rentabilité du secteur.

« Je veux agrandir mes étangs à poissons », a déclaré Diarrassouba.

Manque d’aliments de poissons et d’alevins, expansion entravée

Depuis trois ans, les responsables du CORAF, du CIRDES (Centre International de recherche-développement sur l’élevage en zone subhumide) et les autres acteurs impliqués dans ce projet s’efforcent de faire de la pisciculture, une activité économique rentable.

Les aliments de qualité pour poissons, la disponibilité des alevins, de la terre et d’un fonds de roulement sont entre autres les intrants essentiels, au succès de la pisciculture, affirment les experts.

Mais comme nous l’avons remarqué tout au long de notre reportage en Côte d’Ivoire, beaucoup de producteurs sont freinés dans le développement de leurs fermes aquacoles par le manque de disponibilité des aliments de poissons de qualité et des alevins.

« Je veux agrandir mes étangs de pisciculture. Mon plus grand défi consiste maintenant à obtenir des aliments pour poissons », déclare Zanga Diarrasouba.

« Sans eau et sans intrants tels que les aliments pour poissons, il devient difficile d’agrandir ma ferme », soutient pour sa part Issa, qui reste cependant optimiste pour la suite.

La plupart des 220 pisciculteurs de la région aimeraient avoir des aliments de qualité pour développer leurs activités aquacoles.

« Cela pourrait potentiellement faire partie de la deuxième partie du projet. Une partie de ce que nous prévoyons à l’avenir consiste à explorer les moyens de faire en sorte que certains agriculteurs ici prennent en charge le volet production d’aliments pour animaux », a déclaré le Dr Cyrille Kouassi, coordinateur national du projet PROGEVAL en Côte d’Ivoire.

 

 

 

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