Faire des tiges du cotonnier ouest africain, un business rentable

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Dans presque tous les pays producteurs de coton d’Afrique de l’Ouest, les tiges du cotonnier sont plutôt considérées comme  des résidus bon à rien. Le plus souvent, ils sont brûlés après la récolte. Seule une petite partie est utilisée pour la fertilisation organique, l’alimentation du bétail et comme bois de chauffage pour les ménages ruraux.

Mais cette réalité pourrait bientôt changer en Afrique de l’Ouest. Une technologie utile destinée à créer de la valeur ajoutée et à transformer près de 1,6 million de tonnes de tiges de cotonnier produites après la récolte au Bénin, au Mali et au Togo, a été présentée récemment à des experts de la région.

La première unité d’une série de nouvelles technologies acquises en Inde dans le cadre du projet VATICOPP (Valorisation des tiges de cotonnier pour la fabrication des panneaux à particules),  initié par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et géré par le CORAF, a été récemment installée dans la ville cotonnière de Parakou, au Nord du Bénin.

Prévue pour fonctionner initialement en tant que projet pilote, l’unité de Parakou sera utilisée pour transformer une partie des tiges de cotonnier en panneaux de particules, offrant ainsi, une source de revenus supplémentaire pour les petits producteurs de la région.

Les panneaux de particules sont un substitut fiable du contreplaqué et peuvent être utilisés comme carreaux de sol ou de faux plafonds, articles de meubles, panneaux muraux. Non seulement ils s’intègrent bien dans les bâtiments scolaires, les hôtels, les maisons commerciales et résidentielles, mais les experts affirment que leur transformation est également bénéfique pour l’environnement en ce sens qu’ils réduisent la pollution résultant de l’incinération des tiges et limitent la pression exercée sur la forêt pour la fabrication de meubles.

Des experts du Bénin, du Mali et du Togo, formés lors de l’installation de l’unité de Parakou, devraient dupliquer l’installation des unités de production similaires dans leurs pays respectifs.

L’objectif à long terme est d’améliorer les moyens de subsistance des populations rurales, en augmentant leurs revenus, en créant des emplois et en stimulant une croissance économique durable de la filière coton.

« Nous espérons installer, tester et communiquer les avantages de ces unités de transformation à la population du Mali, car elles ont un potentiel immense pour réduire les disparités de revenus », a déclaré le Dr Amadou Ali YATTARA, un expert du coton du Mali.

La diffusion massive de cette technologie sera essentielle pour renforcer l’impact de cette innovation dans les communautés cotonnières d’Afrique de l’Ouest.

Conformément à l‘approche de diffusion technologique du CORAF, les connaissances pertinentes sur ces unités de transformation doivent être partagées au sein des plateformes d’innovation.

« Je pense que c’est une bonne initiative qui contribuera non seulement à réduire la pauvreté et à augmenter les revenus des populations concernées, mais qui pourra également s’étendre à tout le Bénin », a expliqué M. Emile ADIMOU, Président des plateformes d’innovation du Bénin.

« Il y a sans aucun doute des avantages pour les femmes et les jeunes, mais je crains que certaines machines ne se retrouvent dans des entrepôts ou abandonnées à la rouille » a ajouté  M. ADIMOU avant de plaider pour un bon usage de ces équipements.

En effet, pour les communautés ayant des revenus relativement faibles, l’acquisition et l’utilisation de ces machines peuvent poser des difficultés substantielles. Comme avec d’autres technologies introduites dans la région, sans la participation d’entreprises privées, ayant de meilleures capacités d’investissement, l’adoption massive de ces unités peut s’avérer difficile.

« Nous espérons voir les entreprises cotonnières investir dans cette activité. Pourquoi ne pas installer les unités de transformation autour des sociétés cotonnières pour augmenter les revenus des producteurs dans les communautés productrices de coton », a demandé pour sa part le Dr YATTARA du Mali.

Valeur des tiges de cotonnier

Dans la filière  coton, les possibilités de générer des revenus et les options de réduction de la pauvreté sont énormes pour près de 10 millions de producteurs des communautés rurales impliquées dans cette culture au Mali, en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Togo.

Avec une technologie adéquate, plutôt que de laisser pourrir les tiges de cotonnier, elles peuvent également être transformées en panneaux de particules rentables sur le plan économique.

« C’est une opportunité pour nous de prouver qu’il y a une valeur ajoutée pour les tiges de cotonnier. Que nous puissions tirer beaucoup de ces résidus pour augmenter les revenus et créer des matériaux pour le secteur du bâtiment « , explique le chercheur togolais, Gnofame NAMBOU.

Etat de la production cotonnière en Afrique de l’Ouest

Aucun pays d’Afrique de l’Ouest isolément ne peut se comparer à la Chine, aux États-Unis et à l’Inde en matière de production et d’exportation de coton. Mais collectivement, l’Afrique de l’Ouest est maintenant le troisième exportateur mondial de coton, représentant un pourcentage considérable du commerce international de cette matière.

En Afrique subsaharienne, la production est globalement concentrée dans la zone tropicale et principalement pluviale, selon l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE).

Selon l’OCDE, le bassin ouest-africain, qui s’étend de la Sénégambie au sud-est du Tchad et même au cœur de la République centrafricaine, représente la plus grande zone de production cotonnière d’Afrique. Huit des 12 principaux pays africains producteurs de coton se trouvent en Afrique de l’Ouest.

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