De ’’nouveaux chercheurs’’ redynamisent la recherche sur l’élevage au Niger

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Il y a une dizaine d’années, le département de la production animale de l’Institut national de recherche agricole du Niger (INRAN), la principale institution de recherche agricole du pays, comptait un seul chercheur titulaire d’un doctorat en agronomie.

« Aujourd’hui, il y a huit chercheurs agronomes titulaires d’un doctorat dans le Département de Production Animale de l’INRAN, principalement grâce aux initiatives de renforcement des capacités du Programme de Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) », explique le Dr Nourou Abdou, Chef du Département.

En tant que boursier lui-même du PPAAO, le Dr Abdou a passé quatre ans (2012-2016) à l’Université du Kwa-Zulu Natal en Afrique du Sud où il a obtenu un doctorat en alimentation et nutrition animales. Bien qu’il avait la possibilité de poursuivre des études postdoctorales en Afrique du Sud, le Dr Abdou a choisi de rentrer chez lui et de servir son pays dans le secteur crucial de l’élevage.

Le Niger a une longue tradition d’élevage. La majorité des Nigériens dépendent de ce secteur et de l’agriculture. Toutefois, ce secteur est confronté aux défis du changement climatique, de la désertification, du régime foncier, de la santé et de la nutrition.

« J’avais beaucoup d’autres possibilités de rester et de travailler en Afrique du Sud, mais je suis rentré chez moi à cause de mon attachement au pays. Il vaut mieux rentrer chez moi et travailler plutôt que de partir à l’aventure », dit-il.

le Dr Abdou a passé quatre ans (2012-2016) à l’Université du Kwa-Zulu Natal en Afrique du Sud où il a obtenu un doctorat en alimentation et nutrition animales. Photo/PPAAO Niger
le Dr Abdou a passé quatre ans (2012-2016) à l’Université du Kwa-Zulu Natal en Afrique du Sud où il a obtenu un doctorat en alimentation et nutrition animales. Photo/PPAAO Niger

La recherche et le développement (R & D) au Niger, comme dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, sont principalement dépendants des financements étrangers. La recherche agricole a été confrontée à des défis considérables après la fin d’un programme financé par la Banque mondiale en 1998. Avec l’introduction du PPAAO en 2008, avec ses différentes initiatives de renforcement des capacités, des progrès relatifs ont été réalisés depuis.

Pour les nouveaux chercheurs formés dans le cadre des bourses du PPAAO, il s’agit d’une opportunité unique pour contribuer à faire avancer la recherche agricole dans leurs pays.

Apprendre à l’étranger et expérimenter d’autres modes de vie dans des pays relativement plus développés peut cependant compliquer les projets de réinstallation dans leurs pays d’origine, eu égard au manque d’infrastructures et la faiblesse des salaires.

« Les conditions de travail ne sont peut-être pas aussi attrayantes que nous le souhaitons et les choses peuvent ne pas être comme nous le voulons, mais c’est à nous de le faire fonctionner », affirme un Abdou déterminé.

En 2017, le Dr Abdou a été nommé à la tête du département de la production animale de l’INRAN. Au vue de son parcours, c’est un progrès significatif pour ce chercheur de 49 ans.

« Sans les qualifications supplémentaires obtenues grâce au PPAAO, cette promotion ne serait pas possible », dit-il.

Dans ces nouvelles fonctions, le Dr Abdou travaille déjà fort avec son personnel pour créer un environnement de travail propre et décent. Et déjà, des progrès ont été réalisés dans l’environnement du cadre du travail. C’est en partie parce qu’il croit qu’avec détermination, tout est possible. « Cela marchera si nous le voulons », ajoute-t-il.

« Nous avons ici une équipe jeune et notre engagement est d’améliorer les choses, c’est l’engagement que nous avons pris  » se plait-il à rappeler.

Un homme de 43 ans mène le combat contre la fièvre aphteuse

A quarante-trois ans, Souley Kouato Bachir est rentrée à Niamey, au Niger, après avoir passé cinq ans à l’Université de Liège, en Belgique pour étudier les sciences vétérinaires.

L’État du Niger a dépensé près de 100 000 USD (environ 47 millions de FCFA) pour financer la formation du Dr Souley. Bien que cela semble énorme, le retour sur cet investissement est déjà palpable.

« La fièvre aphteuse est une maladie virale très contagieuse qui touche les ruminants et les porcs domestiques et sauvages, elle est endémique au Niger et pourrait avoir un impact sur l’économie nationale en raison de ses conséquences négatives sur le secteur de l’élevage ».

«L’une des principales conclusions de mes recherches sur la fièvre aphteuse est qu’il est logique sur le plan économique de vacciner les animaux», explique le Dr Souley.

Le Niger exporte du bétail en Afrique de l’Ouest et dans d’autres parties du monde. Les maladies de la fièvre aphteuse peuvent gravement entraver les exportations du bétail, ainsi que la production locale de lait. Pour un pays qui dépend largement de l’élevage, cela peut être un défi majeur.

Pour ce Nigérien lauréat des bourses du PPAAO, ses nouvelles connaissances et son travail seront essentiels pour comprendre le vaccin adéquat et s’assurer que ceux qui sont dans la chaîne de valeur du bétail prennent le traitement.

Poussé par l’amour du pays

A l’heure où la plupart des jeunes d’Afrique de l’Ouest prennent d’énormes risques de voyager vers des destinations inconnues à la recherche de meilleures conditions économiques, il est intéressant de voir d’autres qui sont animés par l’amour du pays.

Pendant plusieurs décennies, les gouvernements des pays d’Afrique subsaharienne ont accordé des bourses à leurs citoyens pour étudier dans les universités occidentales, mais beaucoup ont décidé de ne pas rentrer chez eux et de rejoindre plutôt des emplois d’enseignement relativement lucratifs dans le secteur de l’enseignement supérieur.

Mais pas pour ces Nigériens que nous avons rencontrés dans la capitale Niamey à la mi-mai 2018.

Dr. Souley Kouato Bachir a étudié dans la ville de Liège, en Belgique, où il existe une forte communauté nigérienne. Ce qui veut dire que s’il avait décidé de rester en Belgique, il aurait pu trouver un hôte.

Mais une fois ses études terminées, il a immédiatement décidé de rentrer chez lui pour investir son temps dans la recherche agricole.

« Ce n’était pas mon intention, j’aurais pu le faire en 2009 quand je n’avais plus de travail à la maison, mais quand j’ai terminé mon master, je suis rentré chez moi sans même être sûr de ce qu’il fallait faire. »

Avec son doctorat en main, il était très confiant et sûr qu’il aurait sa place dans l’économie nigérienne.

« Avec un doctorat, je vais avoir du mal en Europe, l’adaptation sera difficile: chez moi, économiquement, je ne gagne pas autant d’argent que les autres en Europe, je suis à l’aise sur le plan social. »

Le Dr Souley reconnaît qu’il n’y en a pas beaucoup dans le pays. C’est une fierté pour lui d’avoir atteint ce niveau d’études et de pouvoir mettre ses connaissances et ses compétences au service du peuple nigérien.

Et depuis son retour au pays natal, il aide l’INRAN à progresser dans la compréhension des maladies de la fièvre aphteuse et par-delà, à améliorer le bien-être animal du bétail nigérien.

Une «nouvelle génération» de scientifiques agricoles en Afrique de l’Ouest

La plupart des pays d’Afrique de l’Ouest ont beaucoup investi au cours des dix dernières années dans la formation de jeunes chercheurs afin de combler la vide dans leurs pays respectifs.

Dans l’ensemble 1000 jeunes chercheurs, dont environ 30 % de femmes ont bénéficié de bourses pour poursuive leurs études de master et de doctorat dans des domaines prioritaires au développement de leur pays.

Une dizaine d’année plus tard, plusieurs études indépendantes ont conclu que le programme d’octroi de bourses du PPAAO a apporté une contribution substantielle au renforcement de la capacité de la recherche-développement en Afrique de l’Ouest.

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