Vers un soulagement du stress climatique au Tchad ?

Avec les accords finalisés et le projet lancé, le Tchad avec le soutien de partenaires de développement a entamé un long et passionnant voyage pour proposer des innovations intelligentes face au climat, aux agriculteurs confrontés aux conséquences du changement climatique.

Le Projet de renforcement de la productivité agricole et résilience au climat (ProPAD) est une initiative du gouvernement tchadien. Il vise principalement à faciliter le déploiement de technologies sensibles au climat dans les produits de base prioritaires dans les communautés ciblées au Tchad. Le projet est financé par un système de prêt de la Banque mondiale.

Un accord signé entre le Tchad et le plus grand organisme de recherche sous-régional d’Afrique (CORAF) en juin 2018 permettra à ce dernier d’utiliser l’approche et les technologies du Programme de productivité de l’agriculture en Afrique de l’Ouest (WAAPP) pour accélérer la fourniture de technologies susceptibles d’améliorer la productivité agricole.

Nous avons rencontré le coordinateur du ProPAD, Mme. Khadidja Abdelkader. Dans l’interview qui suit, Mme. Abdelkader, également ancienne ministre, a parlé de cet ambitieux projet et de la manière dont il allait soulager quelque 360 ​​000 personnes dans son pays.

Ecoutez l’intégralité de l’entretien avec la coordinatrice du ProPAD, Mme. Khadidja Abdelkader

Questions : Dites-nous d’abord c’est quoi le ProPAD ?

Mme. Abdelkader : Le ProPAD c’est le Projet de renforcement de la productivité agricole et résilience au climat

Questions : Pourquoi ce programme a été créé ?

Mme. Abdelkader : Il a été créé parce que nous avons beaucoup de problèmes dans le domaine de l’agriculture. Le secteur agricole au Tchad est peu performant parce que la recherche n’avance pas et le service de vulgarisation est également faible.

Questions : Comment ce programme du ProPAD va-t-il être la solution à ces manquements ?

Mme. Abdelkader : Ce sera par rapport aux activités qui ont été identifié surtout l’appui à la recherche. Nous allons travailler avec les treize (13) pays du PPAOO qui ont déjà généré plus de 200 technologies. On ne peut plus perdre du temps, il faut aller vite et identifier les technologies par rapport à nos besoins, par rapport aux besoins des producteurs.

Questions : Pouvez-vous déjà identifier certaines de ces technologies ?

Mme. Abdelkader : Nous avons quelques idées, mais nous n’allons pas imposer les choses aux producteurs. Nous allons justement transférer ces technologies à la demande de ces producteurs. Le projet va intervenir dans trois (3) provinces : la province du Moyen-Chari, celle du Mandoul et également celle de Salama. Toutes ces provinces sont dans la zone agroécologique soudanienne où la pluviométrie est très bonne. Les températures varient entre 800 et 1200 mm par an. Et nous allons pouvoir adopter là-bas des cultures telles que les cultures sèches, les oléagineux, les protéagineux, etc.

Questions : Récemment vous avez signé un accord avec le CORAF. Est-ce que vous pouvez nous donner les détails de cet accord ?

Mme. Abdelkader : Le CORAF c’est une institution commune à l’Afrique centrale et à l’Afrique de l’Ouest comme vous le savez. L’organisation a des experts qui ont déjà accompagné l’Afrique de l’Ouest dans la mise en œuvre du WAPP et ils feront aussi la même chose avec nous. Et c’est dans cette perspective que le Gouvernement du Tchad et le CORAF ont signé un accord subsidiaire en juin 2018, et nous attendons donc le CORAF pour appuyer la recherche et la vulgarisation au Tchad pour nous permettre d’avancer dans ces domaines.

Questions : Cet accord signé avec le CORAF s’étant sur combien d’années et quels sont les objectifs escomptés ?

Mme. Abdelkader : L’accord va durer pendant tout le temps du projet. Ils doivent nous accompagner pendant les cinq ans et s’il y a encore une prorogation, ils doivent nous accompagner, c’est leur travail en quelque sorte. Il s’agit notamment d’un appui à la mise en place des plateformes d’innovation, le transfert de technologies qui ont été déjà générés dans les pays du WAPP.

Questions : Quel est l’état de la recherche et du développement dans les pays d’Afrique centrale aujourd’hui ?

Mme. Abdelkader : En Afrique centrale globalement c’est au Cameroun que la recherche fait normalement son travail, mais dans les autres pays membres de la CEAC ou du CEMAC, la recherche n’avance pas. Sinon au Cameroun il y beaucoup de chercheurs et ils font du bon travail.

Questions : Il y a-t-il des leçons que la CEAC peut tirer de la CEDEAO dans ce domaine ?

Mme. Abdelkader : La CEAC est en cours de structuration et l’organisation doit s’inspirer de ce que la CEDAO est en train de faire pour faire avancer également la sous-région Afrique centrale. Surtout au niveau du développement agricole, il n’y a pas d’avancées au niveau de la CEAC.

Questions : Comment est-ce que les changements climatiques affectent les cultures dans votre pays au Tchad ?

Mme. Abdelkader : Le Tchad est d’abord un pays sahélien, nous subissons les effets du changement climatiques du fait notamment des conditions climatiques de la région sahélienne. Il y a de la sècheresse, des inondations, des vents violents, etc. Nous allons élaborer des plans locaux de développement qui doivent tenir compte de l’aspect changement climatique. Il y aura aussi des projets d’agriculture intelligente face au climat qui vont être élaborés ; donc les institutions, les opérateurs de proximité et les partenaires vont appuyer les communautés à élaborer des projets d’agriculture intelligente face au climat.

Questions : Vous êtes dans le développement depuis des décennies, dites-nous qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui et est-ce que selon vous les différents plans de développement qui sont élaborés actuellement répondent aux besoins des populations ?

Mme. Abdelkader : Ce qui me motive d’abord dans le secteur de l’agriculture rural, je dois vous dire que j’aime le métier et j’ai commencé à y travailler depuis mes années à l’université. C’est un métier passionnant parce que on travaille directement avec les acteurs du terrain, les paysans notamment, on découvre les vraies réalités. Mais je suis inquiète et cette inquiétude est liée au fait qu’on n’avance pas assez vite car malgré les investissements, les plans de développement, le milieu rural reste toujours très pauvre.

Questions : Cela n’est -il pas lié au manque de volonté politique ?

Mme. Abdelkader : C’est vrai il y a ça aussi. Dans les rencontres internationales, les responsables adhèrent aux différents concepts, aux idées des experts, mais une fois au pays, il n’y a pas de suivi. Moi j’ai bien aimé ce qui passe en Guinée Conakry. Parce que le Président là-bas s’est investi personnellement pour faire avancer l’agriculture et je voudrais qu’il encourage ses autres collègues chefs d’Etat à faire de même.

Questions : Est-ce que en tant qu’ancienne ministre vous allez parler au Président Idriss Déby pour qu’il s’implique davantage sur la question ?

Mme. Abdelkader : Je le ferais si toutefois l’occasion se présente, mais vous savez que ce n’est pas évident. Parce que les experts font tout pour fournir les études nécessaires permettant aux politiques de s’impliquer davantage. Mais il y a toujours des lenteurs.

Questions : Quelle est l’avenir de l’industrie agricole au Tchad ?

Mme. Abdelkader : C’est une question à laquelle nous ne pouvons pas répondre actuellement. Parce que nous sommes en train de réfléchir afin de trouver les voix et moyens nous permettant de changer la donne actuelle et avec le soutien du CORAF nous espérons y arriver bientôt.

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